Point de vue

L'Union Européenne mérite-t-elle le Nobel de la Paix ?

News

L'Europe a si longtemps été le continent de la guerre. Aujourd’hui, récompensée pour son chemin vers la paix, est-elle pourtant légitime du prix qu’elle a reçu vendredi ?

Par Guillaume Barki,

Berceau de la civilisation occidentale, elle rencontre les ravages causés par les rivalités économiques, les tensions politiques ou les guerres de religions. Elle est donc la terre, des siècles durant, des conflits les plus désastreux.

La guerre. Folle. Dans sa fréquence, dans sa longueur et dans sa gravité, peu de générations peuvent en parler. La paix représente donc quelque chose de si grand à leur yeux qu'il semble difficile d'en comprendre la valeur, aujourd'hui.

Ce n’est pas qu’une question d’organisation économique si l’Europe et le monde occidental connaissent une telle période de croissance au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. C’est aussi grâce à la paix, que les peuples découvrent une liberté d’expression, de consommation, de vie qui nous semblent banales aujourd’hui. Si banale et dont il serait pourtant si dur de se passer.

Il faut donc bien prendre conscience de la valeur de la paix pour savoir si l’Europe mérite ou non ce prix, et connaître les raisons pour lesquelles la guerre avait depuis trop longtemps empêcher un climat apaisé de reigner.

L’idée européenne est
une idée de paix.

Pour Jean Monnet, fondateur de l’Europe, le problème est le nationalisme. L’amour excessif de son pays entraîne la haine du pays des autres et amène à la guerre. En faisant de ses ennemis les citoyens d’un même ensemble (stratégique au début, puis sociétal ensuite), on garantit le climat nécessaire au respect d’autrui. L’idée européenne est donc une idée de paix.

Si les citoyens européens se sentent pourtant davantage espagnols, italiens ou français qu’européen, l’UE a en effet garanti l’apaisement et a promu, selon les mots du Comité Nobel « la réconciliation, la démocratie et les droits de l'Homme en Europe » depuis 60 ans.

Un Nobel pour la paix

Pour autant la paix n’est jamais définitivement acquise. Et si le continent n’a pas connu de guerre depuis près de 70 ans, il n’est pas le plus apaisé au monde. Qu’elles soient aux frontières ou au cœur de l’Europe, les tensions économiques et politiques existent. Les paradis fiscaux existent en Europe, créant une espèce de concurrence fiscale entre les états qui la constitue.

Mais ce sont surtout les relations du pouvoir avec le peuple qui sont sources de tensions. Un simple coup d’oeil sur la situation de la Grèce montre qu’au sein même de l’Europe, la paix n’est pas intacte. La récente crise de la dette a obligé les états à conclure de nombreux plans de rigueurs que les peuples européens sont de plus en plus nombreux à contester.

Et si les fameux « Indignés » espagnols mènent une protestation non-violente, la contestation grecque s’intensifie en même temps que l’austérité, provoquant des affrontements dans les rues. À l’occasion de la visite de la chancelière allemande Angela Merkel en Grèce, des manifestants sont passés au travers des forces de l’ordre et se sont emparés des symboles en défilant en costumes et sous des drapeaux nazis.

Grèce

Le problème de la parole du peuple dans l’Europe est donc posé. Soulevé en 2007, lors de la ratification d’une « constitution simplifiée » que la France et les Pays-Bas avaient refusé, l’Union Européenne, pour calmer les tensions, devra peut-être accorder davantage d’importance à la voix de ses populations.

Un Nobel politique

« 60 ans d’action » récompensés alors que l’Union n’existe que depuis 20 ans. Ce n’est donc pas Maastricht qui est salué mais la construction européenne. L’Union Européenne en elle-même n’est pas finie. Elle est dans un entre deux. Trop puissante si elle ne devait être qu’un partenariat économique (comme à ses débuts), pas assez puissante en tant qu’organisation politique.

Mais alors, ce prix arrive-t-il trop tôt ou trop tard ? On se souvient de la distinction conférée à Barack Obama en 2009, un an après son élection. Et si l’attribution de ce prix au Président des États-Unis pouvait sembler un peu prématurée, un Nobel de la Paix semble bien tardif pour la construction européenne entamée depuis bien longtemps. N’aurait-il pu être décerné en 1991, au lendemain d’une guerre froide où le continent a été réunifié, par exemple ?

Si non, alors peut-être le Nobel veut-il tout simplement adresser un message politique.

Le message du Prix Nobel
de la Paix est-il politique ?

Aujourd’hui, avec un traité européen qui divise littéralement le peuple en deux, les pieds dans le bourbier d’une crise de l’euro qui fait descendre la population dans la rue, les États membres doivent faire un choix : davantage d’Europe, ou plus d’Europe du tout.

L’évolution la plus envisagée est celle vers davantage d’Europe. Une Europe politique, qui pourrait donc décider de manière plus forte, plus rapide évitant les cafouillages du passé quand elle a tenté des réponses collectives qui se sont faites désirer, comme durant la crise grecque en 2010, ou qui n’ont jamais vu le jour, comme en 2003 face au dilemme d’une intervention en Irak.

Pour autant, cette Europe est-elle dans l’intérêt de tous ses états membres ? Mais surtout, offrira-t-elle la possibilité d’une plus grande démocratie, qui permettra d’élire son gouvernement par exemple ?

Cette future décision sera un élément décisif concernant l’avenir de la paix en Europe.

Couverture : The Daily French
comments powered by Disqus