Point de vue

Hollande / Ayrault : Qu'est-ce qui cloche ?

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Par Guillaume Barki,

À première vue, le Premier ministre a une tête qui impose le respect. Bouche tombante, cernée par des joues creuses et un menton plutôt marqué, regard bas, surplombé de la fameuse « ride du lion »…

L’homme aurait même pu plaire à la gente féminine (d’un certain âge malgré tout) qui aurait reconnu dans ses cheveux blonds au vent et son sourire, si rare en ce moment, le beau gosse qu’il a très certainement été plus jeune.

Mais voilà, depuis le début du mandat, les critiques fusent sur le manque d’autorité de Jean-Marc Ayrault. Simple impression matraquée à longueur de journée par une presse parisienne ? En tous cas, il y a déjà plusieurs mois que le Premier ministre est passé, avec le Chef de l’État, sous les 50% d’opinion favorable. Effet collatéral de médias acharnés ?

Le bon choix ?

Revenons un peu en arrière. Deux semaines avant le second tour de l’élection présidentielle, on se doutait déjà de la nomination de l’ancien maire de Nantes à Matignon. Le bruit courait même que la décision était prise par François Hollande depuis plusieurs mois.

Pourtant, au même moment, on demandait aux Français quel serait leur Premier ministre idéal. Et toutes les enquêtes amenaient au même constat, Martine Aubry était la plus demandée à ce poste.

Peut-être parce qu’elle représente autre chose au sein du Parti Socialiste. Certes, ce n’est pas un Montebourg alter-mondialiste, ni un Valls très sécuritaire. Mais c’est une gauche plus agressive, qui tranche avec la “molesse” qu’attribuait l’ex-première secrétaire du parti à son concurrent de l’époque.

Trop gauche molle ?

Alors c’est peut-être ce qui manque à l’actuel locataire de Matignon : de l’offensive.

Pourtant, on ne pouvait pas reprocher à Jean-Marc Ayrault d’en manquer avant sa prise de fonction. On se souvient de son opposition systématique à l’action gouvernementale depuis 10 ans en tant que chef du groupe socialiste à l’Assemblée nationale.

Mais est-il assez bon pour susciter autant de passion dans son propos anti-droite que dans sa prose gouvernementale ? Que ce soit en off, dans les commentaires des proches et des conseillers ou en public, Ayrault ne provoque pas de véritable adhésion.

En témoigne les faibles audiences et les enquêtes réalisées après son passage à « Des Paroles et des Actes » le 27 septembre dernier. 55% des 3 millions de spectateurs de France 2 n’ont pas trouvé le locataire de Matignon « convaincant ».

Ayrault, il est loyal, sérieux… mais c’est vrai qu’il n’est pas… il n’est pas… enfin c’est pas, c’est pas… flamboyant. Il n’enflamme pas les foules, quoi.

Un proche du chef de l’État, Libération 15/10/12

Pas assez d'autorité

On en vient au fameux reproche qui flotte dans la presse parisienne ces temps-ci. Les quotidiens comme les hebdos, la radio comme la télé accusent le Premier ministre de ne pas faire preuve d’assez d’autorité. Fantasme ou réalité ?

Deux points paraissent pourtant incontestables. Le premier est que certains ministres comme Cécile Duflot ont flirté, pour ne pas dire assumé, des positions en décalage avec la ligne du gouvernement. Là où l’on attendrait donc que l’autorité du chef de gouvernement mette un terme à cela, on découvre de nouveaux couacs comme ceux de Vincent Peillon sur la semaine de 4 jours et cie ou sur la dépénalisation du cannabis.

Le second point est que face à des tempéraments beaucoup plus forts, comme ceux de Manuel Valls ou Arnaud Montebourg, le Premier ministre ne peut qu’apporter un simple soutien à des personnalités très médiatiques et se faire le garant du la bonne application du programme de François Hollande.

Le dessin

Un couple condamné

Le pire n’étant pas le sentiment d’impuissance du Premier ministre mais plutôt ce parfum qui flotte. Cette odeur de cuir qui se répend dans les rédactions parisiennes. Oui, ça sent le siège éjectable.

Ce climat est entrenu par une phrase du Chef de l’État lui-même, au sujet de son Premier ministre : « Son prédécésseur est resté 5 ans. Est-ce que ça s’est bien terminé ? »

Enfin, la machine médiatique est enclenchée, fait vendre, trouve écho dans l’opinion et ne pourra être stoppée que par un grand coup médiatique... ou par un changement de Premier ministre.

Photos : jmayrault (Flickr), Dessin : Guillaume Barki
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