Point de vue

Un puzzle nommé « la droite »

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C'est un puzzle dont les pièces changent tous les dix ans, mais quelle est donc cette droite qu'a laissé Nicolas Sarkozy à l'issue de 3 mois de campagne ?

Par Guillaume Barki,

Honnêtement, je ne sais pas si c'est parce qu'il y a encore un mois avant le scrutin, mais je suis étonné du calme et de la bonne tenue de cette campagne.

Quand il y a quelques mois Martine Aubry tapait sur François Hollande l'accusant de « flou » ou de « gauche molle », François Fillon se contente simplement de dire que les Rolling Stones ne sont pas de la génération de Jean-François Copé mais de la sienne... Bonjour le clash !

Mais c'est un bien pour un mal, car depuis des semaines c'est donc le « fond » qui ressort. Le craquement idéologique au sein de la droite est bien entamé et il parait irréversible avant un bon moment.

Je dis la droite, mais même au sein de l'ancien parti majoritaire, les courants évoluent, les sensibilités se précisent et les soutiens tombent peu à peu en faveur d'un candidat ou l'autre pour la présidence du parti. Leur seul point en commun étant leur fidélité à l'action de Nicolas Sarkozy, en clair la volonté de s'emparer de son héritage politique.

Le problème, c'est que cet héritage politique est assez vide. Le sarkozysme n'est pas une politique, c'est une méthode de communication, volontariste mais portée par l'expérience du pouvoir. Alors sur le fond qu'en est-il ?

Le bazar à l'UMP

Un constat ressort, l'UMP n'a plus vocation a être ce qu'elle était à sa création en 2003, une union des sensibilités de droites. La campagne de Nicolas Sarkozy a chamboulé les esprits et secoué le parti, perdu entre les dits « républicains », à sensibilité quasi-social-démocrate, et les « forts », n'hésitant pas à aborder la plupart des thèmes du Front National.

Mais ça n'est pas tout. La campagne n'a pas causé que des dégâts internes. Christine Boutin dont on n'entendait plus beaucoup parler a récemment demandé 180 000€ à l'UMP en échange de son soutien à Nicolas Sarkozy et de son désistement personnel à la présidentielle. Une somme dont on ne sait trop si l'ancien parti majoritaire a pris au sérieux la demande.

Le summum de cette dispersion de la droite étant sans aucun doute l'annonce de la création d'un nouveau parti par... Nadine Morano. L'ancienne ministre de François Fillon vient d'annoncer le lancement d'un nouveau mouvement, qu'on imagine allié à l'UMP, mais sans en faire partie.

Ce RPPF (Rassemblement Pour le Peuple de France), qui n'est pas sans rappeler le RPF (Rassemblement du Peuple Français) du Général, est surtout un clin d'oeil au « peuple de France », expression chère à Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle.

Comment

Comment en est-on arrivé là ? Simple. Il y a 30 ans ça ne marchait pas comme ça. La droite française était divisée en deux : l'UDF (parti de centre-droit) et le RPR (l'ancienne "droite forte" mais dont aimeraient simplement se souvenir comme "droite républicaine", en opposition à un certain Front National).

Et ces deux partis fonctionnaient comme une gauche plurielle : pleins d'avis, tantôt modérés, tantôt borderlines mais qui finissaient toujours par s'unir aux Législatives ou au deuxième tour d'une présidentielle.

Puis un jour, Alain Juppé a mobilisé tous ses copains et a créé un parti réunissant ces deux lignes et quelques autres partis de droite pour créer une véritable machine de guerre politique qui parlerait d'une seule et même voix.

Chose qui parait lointaine aujourd'hui.

Le retour d'un duo UDF-UMP

Et que n'apprenons-nous pas cette semaine ? Jean-Louis Borloo, ex-non-candidat à la présidentielle lance la création d'un nouveau parti de centre-droit. À l'heure où l'on accusait l'UMP de « droitisation », de « partir à la chasse des électeurs du Front national », Borloo parie sur l'approbation de cette « droite forte » aux prochaines élections.

L'ancien ministre de la cohésion sociale parie donc sur une victoire de Jean-François Copé. Car si chez François Fillon, on la joue homme d'état et républicain modéré, du côté du maire de Meaux on attaque fort. Se fameuse sortie sur « pain au chocolat » volé à un enfant par des islamistes il y a quelques semaines n'est d'ailleurs pas sans rappeler celle sur de Jacques Chirac sur « le travailleur français » il y a déjà 20 ans.

En fait, Borloo a manqué son tour. Il aurait du se présenter en 2012, mais s'est rangé sur Nicolas Sarkozy.

Cette fois, il est déterminé à aller « au bout » et possède un avantage sur ses amis, il a un bilan concret positif. Si l'on passera sur le Grenelle de l'Environnement pour lequel il s'est assez souvent battu dans le vide il est à l'origine de la création de nombreux logements sociaux grâce à des investisseurs.

Ce bilan concret est relevé par un « parler simple » qui fait de lui un bon orateur.

Un processus irréversible

Tout simplement parce que Marine Le Pen a fait 18% aux dernières présidentielles, l'UMP doit remontrer qu'elle n'a peur, ni des thèmes qui préoccupent son électorat, ni des mots, ni des moyens à adopter pour résoudre les problèmes.

En clair, pour François Fillon, ça n'est pas joué d'avance. Son paradoxe est d'arrivé à être, pour le moment, en tête et d'aller contre la ligne qui s'est dessinée au sein des militants : 70% d'entre eux s'autorisent un éventuel accord avec le Front National. Clairement, la seule force de l'ancien Premier Ministre est d'avoir été Premier Ministre.

Mais le président de l'UMP n'est pas le candidat à la présidentielle.

Couverture : Guillaume Barki
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