Décryptage

Obama : stop ou encore ? Le bilan

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Le propre des américains est de se dépasser dans tous les domaines, ce qui n'est pas un mal en soi. Mais Barack Obama aurait-il placé la barre trop haut ? Celui qui incarnait un espoir de changement avec son célèbre « Yes we can » a-t-il pu relancer un pays démoralisé par la crise ? Bilan.

Par Alexandre Foucault,

Une inspiration rooseveltienne

Le 20 janvier 2009 restera dans l'Histoire : c'est la première fois qu'un discours d'investiture aux États-Unis est prononcé par une personne noire. Une grande avancée alors que l'Amérique est au fond du trou, à cause d'une succession de crises sans précédent. Socialement, le chômage explose ; économiquement, les marchés sont en chute libre.

La situation ne peut que nous rappeler la crise de 1929. Là aussi c'est l'éclatement d'une bulle spéculative qui a tout déclenché. Là aussi un républicain était au pouvoir, en la personne de Herbert Hoover. Et là aussi un président démocrate s'est fait élire pour sauver la situation : Franklin Delano Roosevelt, en 1932.

Bref, le schéma est identique et Obama l'a bien compris. Il s'est clairement inspiré de l'ancien président démocrate, dans ses discours et dans son action.

Par exemple, Obama a fait adopter un plan de relance de 787 milliards de dollars en 2009, qui a permis d'éviter la faillite de l'industrie automobile… Mais rien de plus.

Le chômage
n'a cessé d'augmenter

Ce plan devait en effet solliciter les entreprises à embaucher, plutôt qu'à licencier. Ainsi le chômage, qui s'élevait à 5% en 2008, n'a cessé d'augmenter. Il est aujourd'hui à 8,2%, après avoir connu un pic à 9,7% en 2010.

Les présidents ne sont ni des magiciens, ni des sauveurs. Après une crise de cette ampleur, nous ne pouvions pas nous attendre à des miracles de la part du prix Nobel de la Paix 2009.

"No we can't"

Obama voulait réduire de moitié le déficit des États-Unis durant son premier mandat. Le pari est un échec, la situation s'est même aggravée. En 2011, selon le Fonds monétaire international, la dette publique des États-Unis a dépassé le produit intérieur brut. L'estimation de 2012 est encore plus pessimiste. Selon cette même source, la dette devrait s'élever à plus de 107% du PIB cette année.

Autre volet, social cette fois-ci. « Je l'ai dit et répété : j'ai l'intention de fermer Guantanamo », martelait Obama. Autant vous dire qu'on attend toujours. Même si le nombre de détenus a été réduit, la prison, décriée par les associations de défense des droits de l'Homme, est toujours ouverte. La faute au Congrès, selon la Maison Blanche, qui a interdit que ces prisonniers soient rapatriés sur le continent américain.

« Je l'ai dit et répété : j'ai l'intention
de fermer Guantanamo »

Enfin, le président s'était aussi engagé à instaurer un plafond sur les émissions de carbone, pour stopper le changement climatique. Là encore c'est un échec puisque le Sénat n'a pas donné suite à cette proposition.

Il faut dire que les démocrates ont été les grands perdants des élections de mi-mandat, ce qui a grandement ralenti voire même empêché l'action de Barack Obama. Par conséquent, si certains points de son bilan sont des échecs, tout ne lui est pas entièrement imputable.

Grandes réussites

Mais le bilan du président n'est pas si mauvais qu'on pourrait le croire. Il a ouvert de grands projets pour l'Amérique, et clos certains dossiers importants.

Le plus gros « coup » de son mandat est sans doute la mort d'Oussama Ben Laden, 10 ans après les attentats du 11 septembre, à la suite d'une opération commando. Depuis, les troupes américaines présentes en Afghanistan se retirent progressivement, jusqu'à un retrait total fin 2014.

Obama a également défendu l'interdiction du recours à la torture ou tout traitement humiliant par la CIA. Certaines prisons secrètes ont donc été fermées.

Tous les américains devront
avoir une assurance maladie dès 2014

Un grand chantier qui est aussi une de ses plus grandes réussites : la réforme du système de santé (surnommé « Obamacare » par certains). Tous les américains devront avoir une assurance maladie dès 2014. Dans le cas contraire, une amende sera appliquée. Ce système devrait fournir une couverture sociale aux quelques 32 millions d'américains qui n'en possèdent pas.

Enfin, la protection de l'environnement est une nouvelle notion aux États-Unis, introduite par Obama. Il s'était engagé par exemple à ce que l'électricité consommée soit issue à 10% en 2012 des énergies renouvelables. Promesse tenue.

De même, la réduction de la dépendance pétrolière vis-à-vis du Moyen Orient s'effectue : les importations ont été réduites de 10%, et de nouvelles normes de consommation pour les véhicules ont été adoptées.

4 ans de plus ?

Aujourd'hui, les républicains essayent d'attaquer Barack Obama sur son bilan. Certes d'importants échecs sont à souligner, mais certains projets de taille pour l'Amérique sont toujours en cours de mise en place. Le bilan, à l'heure actuelle, est donc mitigé.

Le bilan, à l'heure actuelle,
est donc mitigé

Nous n'avons pas encore assez de recul pour mesurer toutes les conséquences de l'action du président des États-Unis. Toujours est-il qu'un changement de cap brutal n'est jamais bon, surtout si ce cap est fixé par des idées d'extrême-droite.

« Obama a été décevant mais Romney est peu crédible » selon Alexander Keyssar, historien à l'Université Harvard. Les américains qui souhaitent un changement voteront donc contre Obama et non pour Romney, candidat par défaut.

D'après la dernière enquête Ipsos/Reuters, Obama serait vainqueur à 47% contre 45% pour Romney. Mais rien n'est encore joué. Les candidats sont si serrés qu'un retournement de situation est encore possible.

Photo : Wikimedia Commons
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