Critique

Skyfall : le "Dark Knight" 007

Culture

« C'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures confitures ». Cette expression un peu vieillotte n'est pas explicitement énoncée dans ce dernier épisode, mais on ne saurait vous spoiler la réplique névralgique de ce nouvel opus de 007.

Par Guillaume Barki,

Il est désormais loin, le temps où un James Bond blond et un peu froid dérangeait. Dans ce 23e opus, Daniel Craig réussit avec brio le compromis d'un James Bond fragilisé, vulnérable, mais renforcé par des convictions profondes.

Synopsis

Laissé pour mort après une course-poursuite avortée par le tir d'une collègue qui le touche accidentellement, Bond laisse filer un disque dur contenant les identités d'agents de l'OTAN infiltrés dans des organisations terroristes.

Avec la mort de 007 sur la conscience dont elle a ordonné le coup de feu, M doit également faire face aux pressions de son supérieur qui lui suggère de prendre sa retraite, afin de partir avec honneur et dignité. Les temps qui viennent seront très difficiles.

Après une attaque à la bombe contre leur siège, les membres du MI6 sont avertis que, grâce au vol du disque dur, une liste d'agents du service a été publiée sur Internet et que les cyber-terroristes comptent publier cinq autres noms chaque semaine. Les hackers ponctuent chacun de leur coup par un message sur l'ordinateur de M : « Méditez vos péchés »…

Critique

Clairement, nous avons sous les yeux le plus « darknightien » de tous les épisodes.

On ne vous parle même pas des quelques ficelles scénaristiques, comme la belle qui amène le héros au méchant pensant qu'il peut le battre alors que c'est un guet-apens, ou bien le jeu sur l'apocalypse et l'anarchie en pleine ville.

Sachez simplement que, comme « The Dark Knight », ce 007 est plus sombre, plus intime et lui aussi chargé de ré-inventer le mythe du héros.

Plus sombre, ça n'est pas une surprise. Depuis l'arrivée de Daniel Craig, 007 a pris un virage à la “Jason Bourne”. Davantage cru et brutal, moins sophistiqué. Fini donc les stylos explosifs du service Q, un simple flingue qui s'active avec vos empreintes digitales est tellement plus… 2012. Aussi, le film est plongé dans un presque-noir durant tout le combat final.

N’imaginez pas que par plus intime, on entend que vous allez voir encore plus de scènes de Bond et de ses girls au lit... Le film fait preuve d’humanité et de psychologie. La relation entre M et 007 est un des éléments clefs du film, tant elle est inédite et joliment amenée par une Judi Dench glaciale au début du film et qui se retrouve dans la maison d’enfance de son meilleur agent à la fin du film.

Enfin, ré-inventer le mythe n’était pas tâche facile. Il s’agissait de montrer les failles de James Bond après plusieurs années de service, d’explorer son passé (ce qui n’avait jamais été fait) et de l’adapter à la réalité du monde actuel. Le sens de son action est magnifiquement défini dans une scène où M doit s’expliquer de sa gestion de la crise des exfiltrations d'agents.

Casting

C'est un rôle remarquablement difficile à jouer, parce qu'il parle très peu, et au moment où vous lui en faites dire trop, ce n'est plus vraiment James Bond !

Sam Mendes a tout compris. Fini le Roger Moore lourdingue aux intonations et répliques kitschs. La performance de Daniel Craig n'est plus contestable, tant il a rendu ses lettres de noblesse au personnage depuis « Casino Royale ». Ce qui nous amène à une question centrale : qui pour lui succéder ?

Pour le méchant, ne vous y trompez pas. Sous ses faux airs de Pascal Sauvage dans « Johnny English » (ennemi de l'espion dans une parodie hilarante avec Rowan Atkinson) le méchant dissimule un personnage clé de la psychologie du film. Teinture blonde, plastique imparfaite… mais si efficace. Le charisme et le jeu de Javier Bardem (Silva, dans le film) ne sont pas sans rappeler, là encore, la folie, le goût pour la torture et l'ironie dont fait preuve le Joker du Batman nolanien.

Pour le rôle de M, c'est comme si on avait gardé le même Alfred depuis les films de Tim Burton. Nolan avait cru bon de changer après quatre films où Michael Gough tenait le rôle et il avait raison. À l'inverse, on se dit que Sam Mendes a bien fait de garder Judi Dench comme patronne de Bond pour la septième fois consécutive. Plus majestueuse que jamais, participant elle aussi à la morale du film « ne rangez pas trop vite les vieux pots » à travers la magnifique intervention que nous évoquions plus haut.

Mais le véritable Alfred dans ce film est Albert Finney qui incarne le rôle charmant et inattendu d’un écossais avec lequel Bond a grandi. Enfin, de nouvelles recrues viennent compléter le casting. Les James Bond Girls, bien sûr, comme la française Bérénice Marlohe ou la Naomie « sur-le-fil-du-rasoir » Harris. Mais aussi Ben Whishaw qui incarne un Q définitivement geek.

Et la musique ?

Objectivement, il faut passer outre notre joie de voir Adèle au générique et reconnaître que ce n'est pas la meilleure chanson de l’artiste. Pour autant, la chanteuse britannique réussit à semer des parcelles de son thème dans la bande originale de Thomas Newman, le compositeur. Subtil.

Enfin, en parlant de bande originale, on ne peut que saluer le retour de l'authentique thème de James Bond durant le film lors d’une séquence à bord d’une Aston Martin DB5. Une référence, à l’instar de la séquence de fin de film, aux 50 ans de James Bond que ce dernier opus est chargé de célébrer.

Photo : Colombia Pictures
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