Décryptage

Barack Obama : Récit d'une victoire imprévisible

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« Tout cela est arrivé grâce à vous. Merci. » À l’heure des « autoroutes de l’information », comme nous aimons les appeler ici, c’est un tweet qui résume la soirée. Le président américain Barack Obama vient d’être réélu pour 4 ans à la Maison Blanche. Retour sur un scrutin qui a agité la toile toute cette nuit.

Par Guillaume Barki,

Récit d’une victoire assez imprévisible

Imprévue, non dans le sens où le sort d’Obama était désespéré, mais dans le sens où le Président a gagné là où on ne l’attendait pas. On pensait qu’il ne pouvait l’emporter sans deux « swing states » cruciaux : l’Ohio et la Floride... et c’est finalement sans, qu’il a atteint le nombre fatidique des 270 grands électeurs, grâce à l’Iowa.

Ce fut pourtant une course extrêmement serrée. Pendant les premières heures, Romney a d’ailleurs largement dominé Obama.

Une heure avant, on pensait ne connaître le résultat final que dans quelques semaines — tant certains scores furent contestés dès leur annonce, sur les réseaux sociaux. Le camp Romney menaçant de remettre en cause le résultat dans certains états, attaquant les démocrates sur le vote des grands électeurs qui ne correspondait pas au vote populaire.

Il aura fallu attendre que le président américain récolte un maximum de grands électeurs mais aussi de votants directs pour que son opposant républicain reconnaisse pleinement sa défaite, de manière fairplay et devant un public respectueux, qui nous change des huées en France.

Je viens d’appeler le président Obama pour le féliciter (...) je lui souhaite beaucoup de réussite

Mitt Romney le 07/11/2012, appelant les deux camps, fait assez rare, à travailler ensemble.
Dessin

Pourquoi Obama a gagné ?

Si l'on pouvait redouter l’enthousiasme ne soit pas aussi fort dans le camp démocrate, les sondages annonçaient, malgré tout, une victoire d’Obama depuis quelques temps. Par ailleurs, les analystes ont assez vite négligé le fait que l’économie américaine connait un début de reprise.

Le chômage, qui a connu un pic à 10% vient de repasser sous les 8%, une baisse relativement continue depuis 2010. Le secteur automobile, sauvé par le président américain annonce des milliers de créations d’emplois depuis les milliards injectés en 2009. Enfin, les prévisions pour le dernier semestre annoncent une croissance à 3% — un chiffre clairement supérieur à celui de la croissance européenne.

Alors Obama, décrit ces derniers mois comme l’espoir déchu, pouvait-il regagner le coeur des américains ? Oui et largement.

Mais ce ne fût pas sans l'aide d'un entourage stratégique : Bill Clinton, l’ancien président toujours très populaire ; Michelle Obama, la femme qui l’a fait gagné auprès des femmes ; sans oublier les stars du show-business qui lui ont rapporté fonds et soutiens d'un électorat jeune qu'il avait déçu.

La bataille n'est cependant pas terminée pour le président américain. Le scrutin de cette nuit nous a offert une Chambre des représentants républicaine pour la deuxième élection consécutive. Barack Obama se retrouve donc en situation de cohabitation et devra tendre la main au camp adverse plus facilement qu’en 2009 où, dans un camp comme dans l’autre, le compromis a toujours été refusé.

Le personnage Mitt Romney

On le dit souvent, en France comme aux États-Unis : l’élection présidentielle est la rencontre d’un homme avec la nation, avec le peuple.

Tentant de ratisser très à droite, puis plutôt au centre, le candidat républicain est d’abord apparu comme un personnage instable — et décrit par les responsables de la campagne d’Obama comme tel.

Mais surtout, le personnage a tantôt inspiré la peur, tantôt la confiance, d’une manière révélatrice de la scission qui persiste au sein de l'Amérique. Ainsi, les classes populaires l’ont méprisé en tant que riche, quand certaines classes moyennes et aisées ont considéré que son passé d’entrepreneur était un atout.

Le faible écart qui a persisté toute la nuit dans certains états est symptomatique d’une société américaine coupée en deux qu’il appartiendra à Obama d’unir dans les 4 prochaines années.

Photo : "Knock Knock! Who's there? FREEDOM.", Dessin : Guillaume Barki
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