Décryptage

UMP, récit d'une soirée « Cocoasse »

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C'est Jean-François Copé qui dirigera le premier parti d’opposition durant les 3 prochaines années. Au terme d’un scrutin où les deux camps ont constaté des irrégularités dans plusieurs villes, la fraude est la grande star de ce soir. Retour sur une soirée qu’il valait mieux prendre avec humour.

Par Guillaume Barki,

Le soupçon de fraude plane toujours, comme un parfum que l'on aurait discrètement mis dans sa nuque pour s'assurer la victoire, mais qui sent si fort que l'échec nous guette à nouveau.

À Nice ou à Toulouse, les dépouillements ont même relevé davantage de bulletins dans l'urne que d'inscrits dans les bureaux de votes. Un événement assez inédit à droite que l'on avait pas vu depuis Jean Tibéri et ses adhérents fantômes en 1997.

La péripétie n'est pas non plus sans rappeler les irrégularités du scrutin de 2008 au Parti Socialiste pour désigner son Premier secrétaire. Le parti avait également été divisé entre les partisans de Ségolène Royal et ceux de Martine Aubry — on apprendra quelques mois plus tard que les deux camps avaient participé à une fraude massive.

Une soirée de surprises

On l'oublie mais la première surprise de cette soirée a été le scrutin serré.

Selon les sondages réalisés auprès des sympathisants deux jours avant, l'ancien Premier Ministre devait l'emporter sur son adversaire avec une trentaine de points d'avance ! Finalement, le résultat fut si serré qu'il a amené à la polémique que l'on connait depuis hier 23h.

L'autre surprise — qui n'aurait pas dû nous surprendre, d'ailleurs — fut l'annonce de la victoire de Jean-François Copé.

Décrié par ses opposants et les analystes en plateau pour son manque de politesse, le secrétaire général de l'UMP a annoncé sa victoire avant son adversaire. Un acte étonnant quand on sait que le vainqueur laisse traditionnellement le perdant — ou du moins, celui qu'il pense être le perdant — s'exprimer en premier.

Pourquoi avoir pris la parole en premier ? Et pourquoi de tels écarts entre les chiffres d'un camp et de l'autre — 1 000 voix d'avance selon le camp Copé contre 230 selon le camp Fillon ?

Une soirée à mourir de rire

Et Marc-Philippe Daubresse de renchérir quand on l'interroge sur les soupçons de fraude : « Non non, nous avons gagné, nous allons tendre la main aux fillonistes, bonsoir ! ».

Quelques minutes avant sa prise de parole, on apprend sur BFM TV que François Fillon vient de recevoir un appel de Jean-François Copé lui demandant de reconnaître sa défaite… avant que la porte-parole de l'ancien Premier Ministre ne vienne corriger : « Il n'a même pas appelé son adversaire pour discuter des résultats ! »

On ne sait si le comble du ridicule est atteint quand François Fillon annonce également qu'il est le vainqueur ou quand Valérie Pecresse entame un clash avec Franck Riester en duplex — sous l'œil de trois journalistes médusés et d'un million de spectateurs sans aucun doute pliés en quatre depuis une petite heure.

Une soirée de réactions

C'est une bénédiction pour le Front National ! Le parti pensait pouvoir tirer profit des défaites électorales de l'UMP, en accueillant les élus et militants les plus à droite du parti.

L'occasion se présente à nouveau pour le parti d'extrême droite avec une famille doublement divisée : idéologiquement depuis la campagne d'entre-deux-tours de Nicolas Sarkozy et sur la confiance qu'elle accorde à ses chefs, depuis hier soir.

Le FN et le PS se frottent les mains.
Les français se souviennent.

Le Parti Socialiste, quant à lui, profite de cette occasion en or. Le parti de la majorité sait qu'il faut taper fort, pour décridibiliser son adversaire sur le long terme.

L'eau qui a coulé sous les ponts entre 2008 et 2012 a réussi à faire oublier le congrès socialiste de Reims et à assurer la victoire du parti à la présidentielle.

Photo : Marie-Lan Nguyen (Wikimedia Commons)
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