Point de vue

La radio numérique, un projet mort-né ?

Technologie

La télévision numérique terrestre, lancée en 2005, est aujourd'hui un réel succès. Pourtant sa mise en place a été réellement difficile en raison d'un blocage des acteurs majeurs du secteur souhaitant éviter l'entrée d'une nouvelle concurrence. La situation est maintenant similaire pour la mise en place de la radio numérique terrestre.

Par Alexandre Foucault,

La RNT, qu'est-ce que c'est ?

Le principe de fonctionnement de la RNT est identique à celui de la TNT, l'image en moins. Avec radio analogique, telle que vous avez l'habitude de la recevoir aujourd'hui, il y a une seule et même radio par fréquence. Demain, avec la radio numérique, il y aura plus d'une cinquantaine de radios sur une seule et même fréquence.

Ce nouveau procédé, le Digital Audio Broadcasting (DAB), va donc permettre l'apparition de nouvelles stations, à l'heure où la bande FM est saturée — notamment à Paris où des radios doivent se partager une fréquence — et va offrir « une qualité sonore égale au CD audio », selon RadioNumérique.org.

La bande FM est saturée.

Plus nombreuses que les grandes chaines de télévisions à l'époque de l'ouverture du projet TNT, les radios nationales font tout pour repousser au maximum l'arrivée de la RNT. Deux raisons majeures à cela : la première est qu'elles refusent l'arrivée de nouveaux acteurs, la seconde est qu'elles vont devoir payer une double diffusion, en FM et DAB.

De plus, certaines petites radios locales sont également contre son arrivée, mais cette fois-ci en raison du coût de diffusion. En effet, il est aujourd'hui trop élevé par rapport à la FM, et obligerait ces éditeurs à s'unir à d'autres pour pouvoir diviser les coûts. Cela ne garantirait plus leur indépendance.

RNT contre webradio

Grâce à Internet, de très nombreuses petites radios ont pu se développer : les webradios. Souvent amateurs, leur multiplication est comparable au mouvement des radios libres dans les années 1980. Diversité musicale et liberté de ton sont donc au rendez-vous, avec une qualité numérique.

La RNT, actuellement en test à Nantes et ce depuis trois ans, souhaite offrir des programmes dans le même esprit. Mais plusieurs problèmes se posent.

Tout d'abord les radios doivent faire l'objet d'une convention auprès du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (CSA). Leur liberté est donc relative : pas de propos pouvant choquer les plus jeunes avant 22h30, pas le droit de citer de marque à l'antenne, d'inviter les auditeurs à rejoindre la page Facebook ou à réagir sur Twitter, ou encore obligation de respecter des quotas de « chansons d'expression française ». Ainsi, ce souffle nouveau que l'on retrouve sur certaines webradios ne sera pas possible sur la RNT.

Ensuite, la qualité du son, contrairement à ce que l'on nous promet, n'est pas top. La raison ? Le signal est trop compressé. Même la radio analogique est meilleure de ce point de vue là, mais la meilleure qualité de son offerte à ce jour provient, à mon sens, à nouveau des webradios. Espérons juste que ce défaut est lié aux tests et qu'il aura disparu lors du lancement officiel.

Le signal est trop compressé.

Enfin, la qualité de réception pose également problème, notamment lors de déplacements. La RNT fonctionne comme la TNT : c'est tout où rien ! Si le signal est de bonne qualité, vous recevez les programmes. Sinon, vous devrez apprendre à écouter le silence. Cette question se pose de moins en moins pour les webradios. La qualité du réseau 3G s'améliorant de jour en jour, il est désormais possible d'écouter non-stop une webradio via son smartphone.

Le payant voué à l'échec ?

Nouveau parallèle avec la TNT. Le CSA misait beaucoup en 2005 sur les quelques chaines payantes qui devaient concurrencer les bouquets satellitaires et ADSL. Malheureusement pour eux, la mayonnaise n'a pas pris. D'ailleurs, l'un des distributeurs de la TNT payante a fait faillite récemment, faute d'abonnements.

La RNT est sur le point de prendre le même chemin, en lançant... la radio payante. Il faut quand même oser, alors que, une fois de plus, les webradios gratuites se multiplient.

Il vous faudra donc un décodeur
pour recevoir ces stations

C'est la société Onde Numérique qui a été chargée de développer la chose. Elle promet 9 radios « talk » créées à l'occasion, 43 nouveaux programmes musicaux, les 7 programmes de Radio France, Ouï FM, Radio Classique. Mais aussi une version sans pub d'Europe 1 ainsi qu'une version audio de BFMTV.

Il vous faudra donc un décodeur, comme pour Canal+, pour recevoir ces stations. Autant dire que l'idée est vouée à l'échec sur tous les plans, que la FM restera et que les webradios resteront le format numérique de la radio.

Photo : Wikimedia Commons
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