Point de vue

L'info en continu, source de la crise à l'UMP ?

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Par Alexandre Foucault,

Lorsque la crise à l'UMP a débuté le dimanche 18 novembre, ma première pensée est allée aux responsables de la communication du parti. Tout avait été réalisé correctement lors de la campagne de Nicolas Sarkozy pour montrer à la France l'unité de la droite, comme lors du meeting du Trocadéro. Mais ce travail de titan a été détruit en quelques jours. En cause, une maitrise imparfaite des médias d'information en continu.

Une couverture à l'américaine

L'UMP n'a visiblement pas anticipé l'évolution des médias en continu, et n'a pas tiré les leçons du Congrès de Reims lors duquel deux camps revendiquaient la victoire pour accéder à la présidence du Parti Socialiste.

En effet, depuis 2008, les moyens se sont considérablement développés : les journalistes n'ont plus besoin du satellite pour être en direct, la 3G suffit, et leur effectif s'est multiplié, notamment chez BFMTV où il est passé environ de 100 journalistes en 2008 à 200 journalistes en 2012.

Les pratiques aussi. Rares étaient les politiques à venir sur les plateaux des chaines d'info le jour d'un scrutin. Leur passage était réservé exclusivement aux 20 heures de TF1 et France 2. Mais aujourd'hui le nombre d'intervenants s'est aussi multiplié, si bien que depuis le 18 novembre, les responsables de l'UMP se relayent sur les plateaux. C'est un peu le téléthon, mais en plus long.

Ainsi, les chaines d'information peuvent aujourd'hui se permettre de couvrir un scrutin partisan comme un scrutin national. Cela devient même vital pour elles : faire vivre les événements, importants ou non, en direct, est désormais leur fonds de commerce. Si elles tentent d'échapper à cette logique, l'audience s'en ressent. La concurrence entre-elles est rude et féroce, si bien qu'elles déploient toujours plus de moyens.

Mais dans son malheur, l'UMP a permis une nouvelle fois de montrer que les Français s'intéressent à l'information. BFMTV et i>Télé ont réalisé des records d'audience à cause de cette crise qui n'aurait du toucher, à la base, que les militants et les sympathisants.

Les politiques jouent avec le feu

Avec l'apparition des réseaux sociaux, nous assistons à une autre révolution, celle du langage politique.

Le temps où les discours étaient minutieusement préparés au mot près, et finalisé après de multiples réunions et de longues heures de travail, est désormais révolu. Les politiques sont aujourd'hui dans l'improvisation totale, en direct, sans filets, et souvent sans conseillers en communication pour les arrêter, notamment lorsqu'ils tweetent.

Cela a du bon quelque part, car cette absence d'intermédiaires peut leur permettre de dire ce qu'ils pensent réellement. Dans le cas de l'UMP, ce sont même les hommes de l'ombre qui se sont retrouvés dans la lumière.

Cependant, dans une compétition comme celle-ci, c'est celui qui parlera le plus qui dominera le « débat » – si l'on ose appeler ces enfantillages comme cela. Il ne faut désormais plus agir mais réagir.

Mais lorsque l'on est dans la démesure, comme c'est le cas ici, cela contribue à dramatiser la situation, puis à envenimer les choses, sans le vouloir. Cette dérive est la preuve d'une maitrise presque amateure des nouveaux outils de communication qui sont à la disposition de nos politiques.

L'overdose

« J'en ai ras-le-bol de commenter des inepties » a lâché l'éditorialiste Olivier Mazerolle sur BFMTV. Il a réussi à résumer en une phrase la pensée de bon nombre de Français, qu'ils soient journalistes, militants, ou simplement spectateurs des éditions spéciales.

Aujourd'hui il n'y a plus aucun rythme, l'info non-stop a pris le dessus. Pour combler, les chaines sont obligées de multidiffuser les conférences de presse et de commenter les commentaires. Les journalistes qui sont sur place sont présents de 8h du matin à 0h au soir, et eux aussi aident 80% du temps au comblage.

Mais au lieu de répéter la même chose en boucle, pourquoi ne pas évoquer les autres vrais problèmes en débat actuellement : le mariage pour tous, les suppressions d'emploi... ?

On frôle maintenant l'overdose. Heureusement, même si le dossier ne se refermera pas de si tôt à l'UMP, les chaines vont devoir ralentir leur couverture, grâce au CSA.

« Si, à la fin de l'année, un média a accordé 60% à 80% de son temps de parole à l'UMP, nous ferons preuve de bienveillance. Un véritable problème se posera si la barre des 100% est approchée voire dépassée », a déclaré la conseillère en charge du pluralisme, Christine Kelly, à Tv Mag.

Des sanctions risquent donc d'être prises si ce rééquilibrage n'est pas effectué. Tant mieux, cela permettra de faire retomber le soufflé.

Espérons juste que cette expérience de « suicide en direct » servira de leçon aux autres partis, et qu'ils réfléchiront à de nouvelles règles pour adapter leur communication à ces outils.

Couverture : The Daily French, Interview : Guillaume Barki
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