Décryptage

L'extrême droite en Europe : une fatalité ?

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L’Europe connait depuis une petite dizaine d’années la montée en puissance de l’extrême droite. Mais s’agit-il de la même idéologie sur tout le continent ? Faut-il s’inquiéter de la montée en puissance d’un parti d’extrême ?

Par Guillaume Barki,

C’est une déclaration qui a provoqué un scandale unanime en Hongrie, elle vient d’un député du parti Jobbik, Marton Gyöngyös :

Il est grand temps d'évaluer le nombre des membres d'origine juive du gouvernement ou du Parlement [car ils] représentent une certaine menace pour la sécurité nationale.

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, dont les lois restrictives sur la presse et la prise de pouvoir autoritaire ont été dénoncés, à lui-même déclaré qu’aussi longtemps qu’il sera au pouvoir « personne en Hongrie ne pourra être attaqué pour sa foi, sa conviction ou son origine. Nous protégerons nos compatriotes juifs. »

Dans le pays comme partout en Europe, à gauche comme à droite, les propos du député ont provoqué un tollé. 10 000 personnes étaient dans les rues une semaine plus tard. Chose rare dans un pays traversé par un bipolarisme politique violent.

La hongrie traditionnellement
divisé s’est unit dans la rue et
dans les médias.

On peut penser que ce phénomène est exclusif à l’Europe de l’est. Seulement voilà, l’extrême droite ne s’illustre pas simplement en Hongrie.

En Italie, La Ligue du Nord de Mario Borghezioest pèse 10% des voix et compte sur 9 eurodéputés. Aux Pays-Bas, le Parti de la liberté de Geert Wilders est la troisième force politique du pays entre 15 et 16% des voix selon les élections. En Belgique, le parti flamand est la deuxième force politique du pays comptait 24% aux élections de 2004.

Mais cette extrême droite est-elle la même partout en Europe ? Cette montée doit-elle inquiéter ? Est-elle une fatalité ?

Aspérités et fondements différents

En Hongrie, le Jobbik est en effet un héritier du parti nazi local, les Croix fléchées, porté au pouvoir par Hitler en 1944. En Grèce, un parti néo-nazi proche des partis d’Europe centrale vient d’entrer à l’Assemblée. En Italie, le MSI — qui rappelle la même flamme que celle du Front National en France — trouve son origine dans les idéologies fascistes de 1947.

Comparaison

Pour autant, ces mouvements se distinguent des partis belges ou français, par exemple. Si l’idée de nationalisme est présente également, le discours d’extrême droite est beaucoup plus modéré en Europe de l’ouest.

Il est donc faux de penser que l’extrême droite européenne forme une seule et même famille.

Est-ce une fatalité ?

En Belgique, le parti d’extrême droite local, le Vlaams Belang, repose sur une idéologie semblable au discours du Front National, mais il récolte des voix dans des situations économiques prospères.

En France, le choc du 21 avril 2002 est encore dans tous les esprits. Il semblait d’ailleurs que les 17% de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle étaient impossible il y a encore 5 ans, avec un Front National à 10% et un Nicolas Sarkozy à 31%.

Accorder trop d’importance
à un mouvement contestataire
est absurde.

Mais Marine Le Pen est arrivée. Et le parti de son père est devenu le sien. La stratégie fût celle de la dédiabolisation et l’objectif de regrignoter des voix à l’UMP. La situation de crise économique couplée à un discours modéré ont donc contribué à sa montée, mais un autre facteur ne doit pas être négligé : accorder trop d’importance à un mouvement contestataire est absurde.

Et c’est pourtant ce que l’on fait depuis près de 30 ans en France. À chaque élection, il semble que Le Pen va encore créer la surprise et c’est ce qui se passe... quand on lui porte un intérêt. Ainsi, Marine Le Pen fût portée par un vent médiatique entre mars 2011 et mai 2012, qui la donna notamment en tête du premier tour et qui la présenta comme le péril bleu pour l’UMP.

Portée par un vent médiatique,
Le Pen est devenu le péril bleu
de l’UMP.

Pourtant, ça n’est pas faute de compromis : chacun avance vers l’autre. Le Front National avec sa stratégie de dédiabolisation, l’UMP avec son retour à des thèmes et des discours très à droite. Chacun a besoin des électeurs de l’autre.

Alors qu’attendent-ils pour l’alliance ? Une chose simple, que le FN cesse son discours « Tous pourris ». Car passer accord avec l’UMP, l’allié du PS depuis 30 ans dont le seul résultat demeure la ruine du pays, c’est passer un accord avec les “pourris”.

Une union avec le premier parti d’opposition de France, reviendrait donc à sacrifier le fond de commerce du Front National. Et il n’est pas sûr que les quelques voix de gagnées avec l’UMP compensent les autres électeurs perdus après un tel compris.

Photo : RemiJDN (Flickr)
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