Reportage

Manif pour tous, ça gaze !

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Notre reporter-photo Simon Carton était sur les Champs Élysées au moment de la manifestation contre le « mariage pour tous » ce dimanche. L’occasion de heurts durant lesquels il s’est, entre autres, fait gazer par les forces de l’ordre. Récit d’une manifestation très mouvementée.

Par Simon Carton & Guillaume Barki,

Mon récit débute à la station Kleber vers 16h00. J’arrive sur les Champs par un des rares endroits non-encadré par la police antiémeute, qui est présente sur la plupart des entrées de la Place de l’Étoile. La partie droite de la place est notamment fermée par les CRS. À l’endroit d’un barrage, au niveau de la boutique Mont Blanc, se trouvent des manifestants assis avec des pancartes, pacifiques. Je décide de les photographier.

Manif pour tous, ça gaze !

Soudainement, une autre foule plus compacte se fait remarquer du côté de la boutique Cartier. Je décide alors de passer mon appareil en mode vidéo. De cette foule, on entend des cris, les gens déambulent en courant jusqu'aux Champs après avoir défoncé une barrière. Un homme force alors le barrage, s'excite, et commence à frapper les CRS. Il est seul.

La situation commence à dégénérer quand un homme lance un projectile qui ressemble à un morceau de dalle arraché au sol. L’ambiance dans le cortège commence alors à prendre des allures de grande contestation populaire. C’est à ce moment que les CRS décident de réprimer avec des gaz lacrymogènes. Je n'ai pas vu d'enfant au premier plan à ce moment là. Je remonte alors en déambulant. Ma gorge me pique, mes yeux me brûlent. Je décide de m'asseoir.

Manif pour tous, ça gaze !

Les gens me demandent si ça va, je demande de l’eau qu’ils n’ont pas avant qu’un homme arrive avec une lingette humide que je m’applique sur les yeux. Je décide alors de m’éloigner en remontant sur le rebord de la bouche de métro des Champs Élysees. J’y ai alors une vue plus globale.

Les CRS forment une barrière de
véhicules en plus d'une barrière
humaine déjà densifiée

Tandis que la foule se densifie, réalimentée par de nouveaux manifestants, les slogans "Taubira dégage !" et autres "Hollande démission" se mêlent à la Marseillaise scandée de manière récurrente. De nouvelles petites poussées occasionnelles des manifestants contre les CRS donnent lieu à de nouvelles lacrymos à peu près toutes les 10 minutes. Toujours du même côté, au niveau de la boutique Cartier. Toujours les mêmes individus, parfois épaulés par quelques nouveaux manifestants.

Quelques extrémistes commencent à se faire remarquer, 3 individus montent sur un camion de CRS — davantage pour faire les guignols que pour perturber l’action des forces de l’ordre. Ils redescendent aussitôt tandis que la police appelle des voitures en renfort. Une barrière de véhicules se forment alors en plus d’une barrière humaine déjà densifiée.

Manif pour tous, ça gaze !

Arrive alors cet individu, que vous avez pu apercevoir suer de nombreuses photos, perché sur un lampadaire. Son arrivée au sommet déclenche des applaudissements fournis dans le cortège. Puis il brandit le drapeau contre le mariage pour tous qui entraîne une véritable euphorie, avant de brandir un drapeau tricolore qu’on lui donne et qui provoque de véritables cris hystériques et un tonnerre de clappements de mains. La manifestation prend alors une allure de libération nationale.

Manif pour tous, ça gaze !

Les gaz lacrymogènes continuent mais se font plus occasionnels. Après l’image symbolique du jeune homme perché sur un lampadaire, la foule commence à se disperser vers 17h — même si elle reste relativement compacte. Je remonte sur la Place de l'Étoile. Je remarque que la partie de la place qui était fermée est maintenant réouverte. Le foule se trouve alors plus éparse. Il y a toujours du monde sur l'avenue de la Grande Armée.

Les manifestants peuvent sortir,
mais ne peuvent plus rentrer
dans les cortèges

Puis je constate que toutes les rues donnant sur la Place ont été bloquées. Les CRS tentent de contenir la foule de manière à ce que des manifestants puissent sortir mais pas rentrer. Et c’est au niveau d’un cortège voulant rentrer depuis l’Avenue Foch que les fameux heurts impliquant des enfants ont eu lieu. J’étais cependant trop loin et j’ai davantage pu entendre des cris que constater les faits à cet endroit là.

Des manifestants ont également tenté, pendant ce temps, d'investir les Champs Élysées par le Sud — c’est-à-dire par la Concorde. Mais ils ont été bloqués au milieu par des CRS. Je suis reparti tranquillement par là où j’étais arrivé, Avenue Kleber, peu avant 18h.

Manif pour tous, ça gaze !
Photographies : Simon Carton
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