Point de vue

Grand Soir 3, grands changements

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Par Alexandre Foucault,

Souvenez-vous, il y a quelques mois, France Télévisions se fixait un nouveau cap pour réaliser des économies. Plusieurs émissions ont été arrêtées, d’autres ont changé d’horaire, et une a été transférée d’une chaine à une autre.

Ces restrictions ont également eu une conséquence : la suppression des deuxièmes parties de soirée de France 3, pour installer un programme moins cher à acheter. Comme « on n’est jamais mieux servi que par soi-même », la chaîne a même décidé de le fabriquer lui-même.

Ce programme est le « Soir 3 », ou plutôt le « Grand Soir 3 » depuis que ce rendez-vous d’information est rallongé.

JT, talk, chroniques

Le « Grand Soir 3 » ne veut plus être un simple journal. L’objectif officiel de la chaîne est que les téléspectateurs « puissent se faire leur propre opinion » au travers de confrontations d’idées, de points de vue.

Ainsi, l’émission d’une durée d’une heure est décomposée en trois parties : 20 minutes de journal, 20 minutes de débats et 20 minutes de chroniques ou d’analyses. En d’autres termes, on retrouve les faits, les points de vue sur les faits et l’analyse des faits. Une construction logique et bien pensée, qui rappelle celle des matinales radio.

Ce nouveau découpage n’est pas anodin. La chaîne souhaite en effet « attirer un public plus urbain, plus CSP +, qui était parti sur les chaines d’information en continu », disait au Monde daté de ce lundi Thierry Thuillier, directeur de l’information à France Télévisions.

Une construction
bien pensée

« Soir 3 » souffrait depuis quelques temps de la concurrence de BFMTV et I>Télé. Il faut dire que commencer à un horaire variable n’y était pas pour rien non plus. Désormais, le « Grand Soir 3 » débute du lundi au jeudi à 22h35. De quoi fidéliser le téléspectateur.

Il est porté par deux présentateurs. Louis Laforge, qui fait son grand retour à l’info, est le meneur de la session. Patricia Loison, déjà en poste depuis 2011, reste présentatrice du journal. Une véritable complicité entre eux transparait à l’écran. Preuve que l’on peut faire de l’information tout en adoptant un style décontracté.

Concentré de déjà-vu

L’inconvénient du « Grand Soir 3 » est d’être la dernière grande édition de la journée à la télévision. Elle doit donc innover, proposer une manière originale de traiter l’information.

Or, ce rendez-vous est un concentré de choses déjà vues ailleurs : le info ou intox, dans lequel un journaliste vérifie un chiffre, une donnée ; le débat, qui ressemble étrangement à « C dans l’air » – sans doute à cause de la présence de quatre invités, deux pour, deux contre – ; la question aux téléspectateurs sur le net...

De plus, économies obligent, cette édition propose aussi deux zappings. Le premier est européen – déjà présent dans l’ancienne formule – qui reprend les images des télévisions de l’EBU (European Broadcasting Union) dont France Télévisions est l’un des membres. Pourquoi pas.

Le second est un zapping des reportages diffusés dans la journée sur les antennes de France Télévisions. De quoi rentabiliser les reportages au maximum. Mais quelle est l’utilité réelle, même plus, quelle est la valeur ajoutée de cette séquence ? Aucune.

Finalement, la nouveauté promise est qu’il n’y en a pas.

Retour en arrière

Il y a le fond, mais il y a aussi la forme. Le nouveau décor est très réussi et les nouveaux mouvements de caméra renforcent le dynamisme. Il s’agit là, malheureusement, des seuls points positifs.

Visuel simpliste

L’habillage est entièrement raté. L’agence, qui a dû le facturer à prix d’or à France 3, a voulu produire un visuel simple, mais a produit un visuel simpliste, qui n’est pas à la hauteur de ce rendez-vous phare.

Quant au sonore, le compositeur a sans doute voulu faire un mix entre « Funky Town » de Lipps Inc. et du générique des « Chiffres et des lettres ». Le téléspectateur a plus l’impression d’être dans une partie de Mario Bros. que dans un journal, ce qui ne renforce pas la crédibilité du contenu.

La technique est également trop ambitieuse. Il faut savoir que le « Grand Soir 3 » est réalisé depuis une ancienne régie qui commence à dater. Une nouvelle devrait arriver prochainement, mais les équipes doivent faire avec ce qu’elles ont. Du coup, de nombreux problèmes techniques ont pu être vus et entendus à l’antenne tant dans la première que dans la seconde édition. La chaine renoue malheureusement avec son passé.

L’annonce du « Grand Soir 3 » nous laissait espérer l’arrivée d’un grand journal du soir à la « Newsnight » (BBC). Les premières éditions nous prouvent qu’il reste beaucoup de progrès à faire avant d’atteindre un niveau semblable à celui des anglo-saxons.

Couverture : © Charlotte Schousboe / FTV
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