Point de vue

Le strip-tease patrimonial des politiques

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Quelques jours après les aveux de Jérôme Cahuzac, Jean-Marc Ayrault a annoncé la « publication du patrimoine des élus ». Si certains n’ont pas attendu la date butoire du 15 avril, d’autres se font davantage désirer. Les politiques doivent-ils échapper au strip-tease patrimonial ?

Par Guillaume Barki,

Le Premier ministre l’a annoncé : le patrimoine de tous les ministres, sénateurs, députés, et autres élus de la République sera publié le 15 avril. Le but de cette annonce, ainsi que des mesures promises par François Hollande pour « moraliser la vie politique », est de tirer les leçons de l’affaire Cahuzac.

Quelle utilité ?

Depuis ce décret de Matignon, de nombreuses personnalités politiques ont joué le jeu de la transparence : François Fillon, Aurélie Filippetti, ou encore Jean-Luc Mélenchon, non sans humour, sur son blog ce matin. Le leader du Front de Gauche en a également profité pour donner ses mensurations de chemise, sa taille de chaussure ou encore faire part de son envie de déménager. « Mais je ne m’engage pas à inviter la presse à la pendaison de crémaillère » a-t-il conclu à ce sujet.

Ce trait d’humour souligne, en effet, les limites de cette mesure. « Voyeuriste » pour certains, « inutile » pour d’autres, l’annonce du Premier ministre a également été attaquée sur son caractère « improvisé ». Enfin, nombreux sont les politiques à avoir dénoncé le fait qu’aucune des mesures annoncées par le Président de la République n’aurait permis d’empêcher le scandale Cahuzac. Mais alors, les politiques doivent-ils échapper à ce strip-tease patrimonial général ?

(Pas) tous pourris

Tout d’abord, le contexte de suspission grandissante envers les élus mérite un rappel. La corruption, le truquage électoral, l’abus de biens sociaux (ou la fraude fiscale en l’occurence) ne concernent que l’infime minorité des centaines de milliers de politiciens qui nous gouvernent au au plan national comme au plan local.

Les affaires ne touchent que
l'infime minorité des centaines de
milliers de politiques français.

On l’a aussi beaucoup dit, mais rappelons que depuis 1988, la commission de transparence de la vie politique oblige déjà nos politiques à déclarer leur patrimoine. Et la nouveauté qui consiste à simplement le rendre publique n’empêchera pas à l’avenir un autre responsable ou élu de détenir un compte en Suisse.

Par ailleurs, tout le monde semble oublier les cambriolages dont sont victimes chaque année les hommes politiques. Ces dernières années encore, Eric Woerth, Ségolène Royal ou Laurent ont été victimes d’intrusion et de vols à leur domicile. Rendre publique la déclaration de patrimoine ne pourra que provoquer les cambrioleurs.

Si le Président de la République a un protocole de sécurité autour de son domicile, voire la possibilité de loger à l’Élysée, la majorité des politiques français n’ont pas de garde rapprochée ni de dispositif pour protéger leur logement. Jean-Luc Mélenchon, par exemple, victime d’un cambriolage le 22 août 2011, a déclaré hier ne posséder qu’un appartement de 76 m².

Confiance

En fait à ce sujet, comme pour beaucoup d’autres, le mot clé est à nouveau « confiance ». Le lien de confiance entre les citoyens et les élus est détérioré. Mais rendre publique leur patrimoine ne l’améliorera en rien. De même, réduire le salaire des ministres ou du chef de l’État, effectuer ses déplacements en train et non en avion ne redorera pas l’image du politique auprès de ses citoyens.

Le problème tient dans la crédibilité de la parole publique. Que ce soit quand ils mentent dans des affaires, quand ils manquent à leurs promesses de campagne, quand ils sont incapables de reconnaître qu’ils se sont trompés, ou reconnaître qu’ils ne savent pas. Ou bien quand leurs convictions changent en fonction de l’intérêt politique.

À nouveau, la solution est
dans la confiance.

Car dans ce cas précis, « moraliser la vie politique » n’est ni l’apanage de la gauche ni de la droite. Elle est le terreau du centre depuis des années. Non-cumul des mandats, réduction du nombre de députés... autant de mesures dans lesquelles les deux grands partis ne se servent que quand ça les arrange.

Oui, la confiance est la clé de la sortie de crise politique pour le gouvernement et l’ensemble de la classe politique. Mais elle obéit à la théorie de l’ascenseur : on la perd à vitesse grand V, et quand on veut la regagner, c’est par les escaliers.

Photo : Andreal90 (Wikimedia Commons), Dessin : Guillaume Barki
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