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Et si DSK avait été président...

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Il y deux ans, ce même dimanche de mai, le monde entier apprenait l’arrestation de DSK pour agression sexuelle sur Nafissatou Diallo. La nouvelle fait l’effet d’une bombe et met fin à tous les pronostics sur son éventuelle candidature à l’élection présidentielle française... et s’il en avait été autrement ?

Par Guillaume Barki,

Mercredi 28 juin 2011. Comme l’avait révélé BFMTV, Dominique Strauss-Khan annonce sa candidature aux primaires socialistes. Sans surprise. Depuis des mois, les sondages le donnent largement vainqueur de l’élection présidentielle contre le président sortant Nicolas Sarkozy.

Dans un discours d’adieu à ses collaborateurs du FMI, il dresse les grandes lignes de sa future campagne... Elles sont encore floues, mais l’adversaire est clairement désigné (celui-ci a un visage et gouverne aussi), c’est le président sortant. Pour l’heure, DSK doit affronter les autres candidats à la primaire socialiste.

3 débats ont lieu, durant lesquels Strauss-Khan tacle Valls sur son inexpérience, Hollande sur son indécision, Montebourg sur son idéalisme : « On ne peut pas faire croire au monde entier qu’on va faire notre petite affaire dans notre coin, lance-t-il derrière son pupitre, c’est impossible ! La mondialisation est là et il faut juste se donner les moyens de rentrer dans la danse ».

Sa technique est claire, s’imposer, de manière violente, comme le candidat de la gauche. Incarner un leadership fort dans son camp pour ne pas subir les mêmes divisions qu’en 2007 avec Ségolène Royal. En off, pour asseoir un peu plus cette position, Strauss-Khan est cash et décomplexé. Comme dans cette vidéo de novembre 2006.

Durant la campagne, il se peopolise. S’affichant avec une Anne Sinclair populaire, au sein d’un couple dont l’union fascine encore l’opinion. Dans ses détracteurs aux PS, on pronostiquait un sourire en coin que, comme à chaque changement dans sa vie, il allait changer de look et de femme. Il en avait déjà eu 3 et à chaque fois son apparence et sa vie avant changé.

La campagne

Mais aujourd’hui, Strauss-Khan a tout pour être heureux. Des sondages en poupe, une stature internationale et un parti dressé derrière lui. Tandis que Nicolas Sarkozy fait le pari d’incarner une alternance patriotico-étatiste, Dominique Strauss-Khan se pose en candidat libéral décomplexé. Il sait qu’il n’a ni besoin des Verts mal en point pour gagner, ni d’appâter la gauche pour qu’elle vote pour lui.

Le débat d’entre-deux-tours est extrêmement tendu. Comme durant toute la campagne DSK attaque sur le bilan. Le chômage, les déficits, l’insécurité. La banlieue revient également sur la table, Strauss-Khan met en avant son expérience à la mairie de Sarcelles, son enfance à Agadir, et tacle Sarkozy sur les chiffres des agressions à la personne. Sur l’économie, les même sujets qu’il y a 15 ans avec les mêmes argumentaires sont discutés. Emplois jeunes, formation professionnelle, compétitivité…

Face à Sarkozy, DSK adopte une certaine condescendance. Sarkozy réplique en dénonçant son arrogance. Peu importe. Staruss-Khan a déjà gagné. Il sait que la gauche fera bloc derrière lui contre Sarkozy et il ne déplait pas à un électorat libéral déçu du président sortant.

Et le 6 mai 2012 à 20h, Dominique Strauss-Khan devient Président de la République.

Le pouvoir

DSK n’échappe pourtant pas à une chute de popularité. Surfant sur l’anti-sarkozysme, il n’a pas donné d’agenda de réformes et quand il faut poursuivre les coupes budgétaires et augmenter les prélèvements obligatoires, les français font grise mine.

L’opinion craint d’avoir
mis au pouvoir le gestionnaire du FMI

Et puis il y a autre chose... Le volontarisme de Sarkozy manque, évidemment à la droite, mais aussi dans une partie de l’opinion qui ne voit en Strauss-Khan qu’un gestionnaire qui fera bientôt avec la France ce qu’il a fait avec la Grèce : la plonger dans l’austérité. À nouveau l'aile gauche du parti aboit.

DSK se stabilise malgré tout à 35, voire 40% d’opinion favorable à l’été 2013. Il veut assumer la rigueur, il ne veut pas la subir. La droite ne veut pas le soutenir. Comme Manuel Valls, elle ne veut pas lui accorder confiance, même s’il adopte le même style que son prédécesseur de droite.

Rattrapé par Banon

Dans son entourage, on rassure à chaque sortie de Conseil des ministres. Jean-Christophe Cambadélis martèle qu’il est l’homme de la situation. En off, le chef de l’État confie : “Je suis capable de faire le job". Mais DSK n’est plus en campagne, il n’a plus à se convaincre qu’il va se présenter. Il est maintenant aux responsabilités confronté aux critiques de toutes part.

Et la question de se poser : voulait-il vraiment être président ? Pour Strauss-Khan la présidence de la République a été un sacrifice. Un dilemme s’est posé à lui il y a un an : vivre librement sa vie personnelle, de libertin, ou se poser comme technocrate providentiel. Comme s’il avait seul à choisir si son pays allait mettre au pouvoir un Mario Monti ou un Silvio Berlusconi

Il devait choisir entre revenir comme un Mario Monti ou comme un Silvio Berlusconi

Dans l’ombre, les affaires Banon et Carlton viennent aux oreilles des journalistes. Et le 4 décembre 2012 la rédaction de Mediapart sort en exclusivité le témoignage de la jeune Tristane Banon. Ramzy Kiroun son conseiller en communication qui avait tout fait pour éviter le scandale depuis des années dit à DSK qu’il est le seul à pouvoir décider de sa défense.

Depuis des années, ses proches lui demandent de trancher entre sa vie professionnelle et personelle. C’est maintenant à lui de décider de ce qu’il fait....

Photo : © Philippe Grangeaud
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