Grèce : écrans noirs et silences radio

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Par Alexandre Foucault,

Pour qu’une démocratie fonctionne, les citoyens doivent avoir accès à une information libre, indépendante et gratuite. C’est le rôle que jouent les médias publics, surtout en Europe. Mais en Grèce, l’avenir de cette démocratie peut-être remis en cause.

En effet, le gouvernement grec a annoncé ce mardi la fermeture brutale de tous les services de la radio et de la télévision publique ERT. Un arrêt effectif seulement 15h après cette déclaration.

Décision rapide

En cause officiellement, la mauvaise gestion de ce service public. Mais officieusement, le gouvernement a le couteau sous la gorge. La Troïka, créancier de l’État, exige la suppression de 15 000 emplois publics d’ici 2014 dont 2 000 avant la fin juin.

Le plus simple, pour ne pas trop paralyser le pays, était de supprimer les 2 656 emplois des médias publics.

Le procédé employé par le gouvernement grec est réellement impressionnant. Par un décret d’application rentré en vigueur ce mardi matin, il s’est donné le droit de fermer ce service public, sans aucun vote au parlement. L’anticonstitutionnalité de ce texte est dénoncé par des avocats.

Occupation et solidarité

L’annonce de cette désision inédite a provoqué une vive émotion en Grèce et dans le reste de l’Europe.

Les salariés de la chaîne ont occupé les antennes du groupe en retransmettant des images de la foule venue les soutenir. La police est intervenue pour couper les émetteurs nationaux à 22h33 heure de Paris. Malgré l’ordre de quitter les locaux, les journalistes et techniciens ont continué leurs émissions, diffusées par satellite, par Internet ainsi que de manière « pirate » en réactivant un émetteur.

Par solidarité, les télévisions privées ont également cessé leurs émissions. De nombreuses télévisions étrangères ont également repris le signal de ERT World pour le diffuser sur leur antenne. Ce fut par exemple le cas sur Euronews ou la TVE.

L’Union Européenne de Radio-Télévision a appelé le premier Ministre grec, Antonis Samaras, à « utiliser tout son pouvoir pour revenir sur cette décision ». « Les médias publics sont plus importants que jamais en temps de difficultés nationales » ajoutent-ils.

Service minimum

Le gouvernement a promis un service minimum avec la création d’un nouvel organisme audiovisuel public au mois de septembre qui devrait employer 600 personnes environ. Le reste des chaînes sera privatisé.

Il faut savoir que les chaines privées en Grèce ne sont pas connues pour leur qualité du traitement de l’information. Elles n’hésitent pas à faire du journal télévisé un grand moment sensationnaliste, ce qui n’est pas le cas des chaines publiques : c’est pour cela qu’elles sont appréciées.

La démocratie est aujourd'hui clairement menacée dans le pays. Les journalistes réellement indépendants du pouvoir risquent d’être mis au placard dans cette nouvelle structure. L'information pure et dure risque de ne plus exister, au profit du divertissement.

Pour lutter contre cela, une grève générale des journalistes grecs, tous médias confondus, pourrait avoir lieu. Il n’y aurait donc plus d’information dans le pays.

Illustration : The Daily French
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