Décryptage

Qu'est-ce que l'exception culturelle ?

News

Alors que les négociations de libre-échange entre l’Europe et les États-Unis battent leur plein, les politiques français font des pieds et des mains pour défendre l’exception culturelle. Mais au fait, de quoi s’agit-il ? On fait le point.

Par Alexandre Foucault,

L’exception culturelle relève un peu du concept philosophique : on peut tous avoir une idée de ce que c’est, mais chacun a sa propre manière de la mettre en oeuvre.

Selon la définition officielle, présente dans les traités internationaux notamment ceux de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), cela signifie que la culture est un cas particulier dans les échanges. Autrement dit, ce n'est pas une marchandise comme une autre.

D’où vient ce concept ?

Pour trouver l’origine de l’exception culturelle, il faut remonter en 1948 lors de la signature du GATT – Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce. Une clause de sauvegarde a été introduite dans cet accord afin de protéger la culture des pays en développement. Les droits de douane sur les produits culturels sont alors autorisés.

Imaginons un instant que cela n’ait pas existé. Les États-Unis, qui ont une industrie culturelle très développée, auraient pu tirer les prix vers le bas. En effet, ils ne vendent pas à leur propre marché mais au monde entier, ce qui diminue considérablement les coûts de production. Ainsi les autres pays qui n'ont que leur marché local n’auraient pas fait le poids face à ce géant.

L’exception culturelle a donc été inventée pour soutenir les cultures locales et par conséquent leur économie face à la puissance américaine.

L'exception culturelle
française : un cas à part

Cependant en France, cette définition est légèrement différente : l’exception culturelle consiste à affirmer la culture de la France face aux étrangers en maintenant une offre variée et accessible. C’est d’ailleurs pour cela que le Ministère de la Culture a été créé en 1959.

Depuis, l’État aide au financement de la création, que se soit du théâtre ou encore des livres. Mais les domaines les plus avantagés sont la création cinématographique et audiovisuelle. Concrètement, les succès financent les projets plus confidentiels au travers de taxes, de subventions et de quotas.

On a aujourd'hui 42% de spectateurs français qui vont voir des films américains chaque année. (...) On ne veut pas que demain il y ait 99% de films américains dans nos salles, c'est aussi simple que ça l'exception culturelle.

Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication, Juin 2013

Remise en cause

L’objet de la discorde aujourd’hui lors des négociations : la vente de programmes audiovisuels entre les États-Unis et l’Europe. La France est la seule à mettre en avant l’exception culturelle.

La France est seule
contre tous

Paradoxalement, 60% des programmes télé en Europe sont d’origine américaine, et ce « en dépit d'un patchwork de subventions de l'Etat, qui prend en charge – et protège éventuellement de l'extinction –, un type de production qui a peu de chances de recevoir le soutien d'Hollywood, de rencontrer un succès planétaire ou même de faire des profits » souligne le Wall Street Journal.

De plus, l’exception culturelle française est désormais considérée comme une concurrence déloyale vis à vis des États-Unis mais aussi des autres pays européens. Ces derniers se demandent d’ailleurs jusqu’où peut-aller la France pour soutenir la culture et quel prix cela peut coûter.

En fin de compte, tout est question d’analyse : aide-t-on la culture simplement pour la préserver ou pour faire du chiffre ? La France est aujourd’hui seule à partager le premier point de vue.

Illustration : Eric Azara (The Daily French)
comments powered by Disqus