Point de vue

Le Mouv', dis-moi OÜI

Culture
Par Alexandre Foucault,

Il y a quelques semaines, un coup d’éclat a eu lieu dans le petit monde des médias. Et plus particulièrement, dans celui de la radio. Arthur, animateur mais avant tout homme d’affaires, a proposé publiquement lors de sa conférence de rentrée le rachat du Mouv’ par sa radio OÜI FM.

Tollé, indignation et réaction d’auto-défense du côté de Radio France, le potentiel vendeur. Joël Ronez, fraichement nommé à la tête du Mouv’, a qualifié cette proposition « d’insultante ».

Fusionner OÜI FM avec Le Mouv’, c’est comme si H&M rachetait le Centre Pompidou

Joël Ronez, directeur du Mouv’, à Télérama le 09/09/2013

Pourtant, bien que l’idée d’Arthur soit osée, elle n’est pas infondée pour autant.

Échecs en série

Soyons réalistes, Le Mouv’ est un échec sur de très nombreux plans, et ce depuis sa création.

Seulement 7 mois après son lancement en 1997, la station était déjà épinglée par un audit du Service Juridique et Technique de l’Information. Celui-ci pointait un plan de diffusion aberrant et un financement très bancal.

Une station jeune,
non captable dans les villes jeunes

En effet, Le Mouv’ voulait être une radio destinée aux jeunes. La logique aurait donc voulu qu’elle soit diffusée dans les plus grandes villes universitaires françaises. Et bien non !

Étant donné que le climat social était tendu à Radio France, Michel Boyon, alors président du groupe, n’a pas osé retirer des fréquences à certaines radios publiques pour les attribuer au Mouv’.

Ainsi, la station était captable dans des villes « jeunes et dynamiques » comme Moulins, Bourgoin-Jailleux, Niort, Chatellerault ou encore Evreux, mais pas dans les villes étudiantes – mis à part Toulouse. Un comble !

Le financement de la station est un second problème. Pendant plus d’une dizaine d’années, les programmes du Mouv’ ont été produits depuis Toulouse, et non depuis Paris. Cela a entraîné un surcoût de fonctionnement non négligeable qui a pénalisé la station publique.

Malgré la diminution des coûts décidée en 2010, le ratio entre le budget et le nombre d’auditeurs est toujours aussi mauvais. Selon la dernière vague d’audiences, la part de marché s’élève à environ 0,3%, soit environ 160 000 auditeurs, pour un budget s’élevant à 17 millions d’euros.

Sachez qu’il serait possible, avec un tel budget, d’ouvrir trois à quatre France Bleu qui rapporteraient entre deux et trois fois plus d’auditeurs à Radio France qu’actuellement avec Le Mouv’.

Enfin, le dernier problème majeur de cette radio est son instabilité. Si le format de OÜI FM est le même depuis sa création, celui du Mouv’ change régulièrement si bien qu’il est peu clair pour les auditeurs. Certains programmes mériteraient pourtant d’être davantage mis en valeur.

Pas de nouvelles fréquences

La proposition d’Arthur est très claire. Il ne veut pas racheter Le Mouv’ pour le sauver mais simplement pour pouvoir utiliser ses fréquences, afin de diffuser OÜI FM sur celles-ci. Cette idée a peu de chance d’aboutir, même si elle est parfaitement légale, car elle serait un aveu d’échec pour le service public.

Elle a néanmoins a le mérite de focaliser notre attention sur une réalité. Si Arthur en est arrivé à cette proposition – un peu désespérée – c’est qu’il rencontre un obstacle majeur : il est incapable de développer son entreprise correctement puisque le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) ne lui accorde que très difficilement des nouvelles fréquences.

Le CSA : un obstacle
au développement

Plus largement, c’est un problème que rencontrent la quasi totalité des radios privées indépendantes.

Ces dernières années, Radio France et les grands groupes privés se sont partagés les fréquences non-attribuées, avec la bénédiction du CSA. Les radios indépendantes comme OÜI FM ont été les grandes oubliées, alors qu’elles subissent encore plus que d’autres la crise du marché publicitaire.

OÜI FM possède un format musical unique en France, entièrement consacré au rock. Pourtant, le CSA ne lui accorde que deux nouvelles fréquences par an environ. Pendant ce temps, Le Mouv’, qui coûte cher au contribuable et ne fait pas d’audience, a le luxe de posséder deux fréquences à elle seule à Marseille. Ainsi, l'arrêt du Mouv' permettrait la redistribution de ses fréquences aux acteurs indépendants.

Arthur a d'ores et déjà reçu le soutien du Syndicat Interprofessionnel des Radios et des Télévisions Indépendantes, et vient de lancer une pétition en ligne.

Le Mouv' a eu 16 ans pour faire ses preuves. Toutes ses tentatives ont échoué. Ne serait-il pas temps d'accorder leur chance aux autres radios ?

Couverture : Francis Bourgouin (Flickr)
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