Cet homme va-t-il révolutionner Radio France ?

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Le nouveau patron de Radio France a été nommé par le CSA. Il n’a que trente-sept ans et a commencé sa carrière dans le privé. Un choix surprenant qui va à l’encontre des habitudes. Quel impact pour la radio publique ?

Par Eric Azara,

Si vous n'êtes pas spécialiste média, le nom de Mathieu Gallet ne vous disait sans doute pas grand-chose. Du moins jusqu’à hier midi, moment de l’annonce de sa nomination en tant que président de Radio France par le CSA. Une nomination qui a fait une sensation de surprise au sein du monde politico-médiatique, et pour cause…

Un profil atypique

La première chose qui surprend avec le nouveau boss, c’est qu’il n’a pas de début de calvitie ou de cheveux gris. De loin la volonté de faire du racisme anti-vieux, il faut bien avouer qu’il est tentant de voir un peu de sang neuf au sein de l’administration française. À seulement trente-sept ans, c’est le premier président de Radio France qui n’aura pas connu l’ORTF, l’ancienne « BBC » à la française, tant aimée par le général De Gaulle, détruite sous Giscard.

Mathieu Gallet
n’aura pas connu l’ORTF
à la différence de ses prédécesseurs

Jusqu’à hier président de l’INA, il n’a pas fait l’ENA. Voilà encore un point d’originalité pour un homme qui a commencé sa carrière dans le privé, chez Pathé et Canal+, avant de rejoindre en 2007 le ministère de la Culture et de la Communication, sous la houlette de Christine Albanel. Il y exercera le rôle de conseiller technique sur les questions de l’audiovisuel et des nouvelles technologies. Parmi ses grands dossiers : la réforme de France Télévisions, impliquant la suppression de la publicité.

Sa vision de la radio

En lisant le projet de Mathieu Gallet présenté au CSA, on ne peut être que optimiste, face à sa compréhension et sa conscience de l’évolution des médias. Selon lui, la radio publique doit se moderniser en entrant pleinement dans l’ère du numérique, tout en restant un média public de référence et de qualité.

On doit pouvoir regarder la radio.

Cette phrase seule résume toute la stratégie cross-media — plurimédias en bon français — vers laquelle doit se tourner Radio France et vers laquelle se tourne tous les grands diffuseurs publics de ce monde. La radio se regarde, la télévision s’écoute, Internet se regarde, s’écoute et se lit. Même si selon lui l’esprit d’intimité apporté par le format radio doit rester au cœur, cela n'empêche pas de reconsidérer les habitudes et les nouveaux usages des auditeurs, téléspectateurs et internautes.

Ses grands chantiers

Parmi ses grands chantiers évoqués, on retrouve la volonté d’élargir l’audience. On ne parle pas là d’indice d’écoute, mais de tranche d’âge. Il est vrai que la radio française souffre d’une image parfois trop âgé ou élitiste, notamment pour France Inter. C’est un point important, car n’est-il pas le cœur de mission du service public que de s’adresser à toute la population ?

En Grande-Bretagne,
la radio publique numéro 1
est une radio jeune.

Un groupe audiovisuel qui touche toute la population, ça existe chez nos amis anglais. La chaîne jeune BBC Radio 1 fait office de leader du bouquet radiophonique, son succès étant comparable à NRJ. Elle est reconnue dans le monde entier pour sa qualité musicale, variant pop, électro, rap…. Peut-on en dire autant du Mouv’ ? La station jeune de Radio France n’a jamais réussi à trouver son public. Mathieu Gallet compte rénover en profondeur Le Mouv’ par un repositionnement éditorial, et un changement de marque. Il était temps !

Pour France Info, dont les cotes d’écoute sont en baisse depuis de nombreuses années, il souhaite réorienter l’antenne sur un format d’actualité à chaud. De l’actu en temps réel, afin de répondre aux nouveaux usages, initiés par Internet et les télévisions d’info en continu. « De l’info en continu pour France Info, généraliste sur France Inter et de proximité avec France Bleu » qui, selon Mathieu Gallet, doit apporter une réponse à la « mal-information », certifiée service public.

Faire entrer Radio France dans le tout numérique, renforcer l’identité des antennes, rajeunir l’audience, sauver France Info, Le Mouv’... ne sont que les quelques chantiers qui attendent le nouveau patron. Son mandat sera d’une durée de cinq ans, et débutera au mois de mai.

Illustration : The Daily French, Photo originale : Stephane Grangier / REA / INA
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