TéléVisions

Laurent Ruquier : Démission pour tous

Culture
Par Alexandre Foucault,

Quand il a vu l’audience de son access passer sous la barre fatidique des 6% de parts de marché vendredi dernier, le patron de France 2 a dû faire profil bas. C’est la fin de l’Émission pour tous. La chaîne a décidé de la déprogrammer en catastrophe, d’un commun accord avec la productrice Catherine Barma et Laurent Ruquier.

Ce n’est pas bien de se réjouir du malheur des autres, mais il faut tout de même reconnaître que Ruquier – qui est par ailleurs un excellent animateur à la radio et dans On n’est pas couché – a survendu un programme vraiment mauvais.

Le café du commerce

Au micro d’Europe 1 en décembre dernier, l’animateur se vantait de manière assez prétentieuse d’avoir un concept, contrairement à Sophia Aram qui l’a précédée.

Comment définir ce programme ? « Ce n’est pas tout à fait un talk-show. C’est un forum, un débat avec des personnes dans le public », a-t-il déclaré.

L’idée est simple : le public doit répondre par oui ou non à des questions sur une tablette – c’est le petit côté djeun’s de l’émission – pour donner son avis. L’Émission pour tous part donc du principe que tout le monde a un avis tranché sur tout et n’importe quoi.

Tout le monde n'a pas
un avis sur tout

C’est une erreur qui lui a été fatale. D’une part parce qu’il faut longuement s’informer et réfléchir pour se forger un véritable avis sur une question. D’autre part parce que les questions sur lesquelles il est possible de se prononcer de manière tranchée sont rares.

Par conséquent, le débat se transforme très vite en café du commerce et n’apporte rien au téléspectateur.

Ne parlons pas non plus des questions. Par exemple vendredi dernier, Laurent Ruquier interroge son public pour savoir s’il a déjà « écrit des mots d’excuses bidons ».

Une personne du public prend la parole et répond qu’elle a déjà séché les cours pour aller faire de la musique. Une autre a inventé qu’elle devait passer un concours très important, là encore pour sécher. Une troisième personne est intervenue pour s’opposer à cette pratique scandaleuse, puisque de toute manière les parents peuvent vérifier le carnet de liaison.

Un débat passionnant, n’est-ce pas ?

Chroniques déjà vues

L’idée de poser des questions au public tout le long de l’émission était le concept de base. Mais cette mécanique a été jugée trop répétitive. Des chroniques ont donc été ajoutées, notamment « la télé pour tous ». Il s’agit d’un énième zapping des télé-réalité et autres scripted reality par un Stéphane Bak qui enchaîne les séquences sans aucun lien logique entre elles. Enfin si, il essaye de faire de l’humour, sans grand succès.

Bref, si France 2 commençait déjà à tourner secrètement des pilotes de nouvelles émissions depuis quelques semaines, ce n’est pas non plus par pur hasard.

Un visuel mal pensé

On ne le répètera jamais assez, une bonne émission c’est « 51% de fond et 49% de forme » comme le disait Pierre Lescure, ancien PDG de Canal+. Dans le cas de l’Émission pour tous, la forme n’y est pas du tout.

L’habillage visuel avec le logo labyrinthe est cheap au possible. L’habillage sonore, lui, fait penser à une musique de fête agricole d’un village paumé au fin fond du Limousin.

Le retour de l'Académie des neuf

Quant au décor, c’est le retour de l’Académie des neuf avec des chroniqueurs alignés sur deux rangées face au public. Cette disposition du plateau ne permet pas de véritables débats : il n’y a pas de proximité entre les chroniqueurs et le public. Les chroniqueurs eux-mêmes se tournent le dos. Pas très convivial pour une émission d’accueil.

C’est la crise, le programme n’a quasiment pas de budget, mais tout de même c’est de la télévision ! Ce doit être agréable visuellement pour les gens qui regardent. D’autant plus lorsqu’il s’agit d’un créneau horaire stratégique en terme de publicités, où il faut retenir toute l’attention du téléspectateur.

En résumé, on ne regrettera pas l’arrêt de l’Émission pour tous qui commencait à devenir un fouillis, entre débats sans fond et chroniques déjà vues, dans un décor peu chaleureux. Le 20 janvier dernier, Laurent Ruquier affirmait : « Je vais faire plus que D8 ou Le grand journal ». Preuve qu’il ne faut jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.

Couverture : © Charlotte Schousboe / FTV
comments powered by Disqus